« Nous sommes plus d’un million, nous ne nous tairons plus »
Près d’un·e Belge sur 10 est victime d’inceste, près d’un·e Belge sur 3 connaît une victime d’inceste.
Le premier sondage sur l'ampleur du fléau de l’inceste en Belgique dresse pour la première fois le profil de ses victimes et de ses auteurs. Ces résultats permettent d'estimer le nombre de victimes belges à plus d'UN MILLION.
Ce 19 juin 2026, les collectifs "Patouche" et "Ensemble contre l'inceste" demandent :
de développer des formations obligatoires à destination des professionnels sur les violences sexuelles durant l’enfance, leur dépistage et leur prise en charge ;
d'éloigner le(s) présumé(s) agresseur(s) dès la révélation des faits d’inceste par des mesures de protection ;
d'élargir l’infraction de l’inceste commis sur un mineur aux cousins et cousines.
« La Belgique compte plus d'un million de victimes d’inceste, c’est-à-dire 9% de la population. Il s’agit d’un chiffre minimum, car le sondage n'inclut pas les victimes ne pouvant se déclarer comme telles : les personnes internées en psychiatrie, celles sans domicile fixe, les victimes qui se sont suicidées ou celles qui sont toujours sous amnésie traumatique ou dans le déni. » Collective Ensemble contre l'Inceste.
Selon la définition légale de l'inceste, 7% des Belges affirment avoir été victimes avant leur 18 ans. Ce chiffre passe à 9% lorsque l'on intègre les cousins et cousines comme auteurs d’inceste. Deux tiers des victimes sont des femmes. Trois quarts des agresseurs sont des hommes. Les actes d’inceste commencent très tôt : entre 4 et 6 ans pour un tiers des victimes de moins de 55 ans. Un quart des victimes de moins de 55 ans ont été agressées par plusieurs membres de leur famille. L’inceste concerne dans les mêmes proportions toutes les classes sociales. L’inceste est davantage vécu à Bruxelles (14%) qu’en Flandre (7%) et en Wallonie (6%).
Concernant les actes subis par les victimes d’inceste en Belgique, le sondage apporte un regard inédit sur le phénomène. Les victimes ont subi des agressions sexuelles (86%), un ou plusieurs viols (45%), des actes d’exhibitionnisme (45%), des confidences sexuelles répétées (40%), du harcèlement sexuel (33%), ont été témoins de violences sexuelles sur autrui (17%) ou ont été contraintes de poser pour des photos ou vidéos érotiques ou pornographiques (13%).
Ces chiffres sont les principaux enseignements du sondage indépendant, commandé par les collectifs "Patouche" et "Ensemble contre l'Inceste", soutenu financièrement par une campagne de financement participatif et mené par l’institut Dedicated. Ce sondage, réalisé auprès de 2007 Belges de 18 ans et plus, dévoile les premiers chiffres belges concernant le phénomène de l’inceste. Il s'agit d'une avancée décisive dans la compréhension de celui-ci dans notre pays, puisque jusqu’à ce jour, les seules références statistiques émanaient d’études françaises.
« NOUS NE POUVONS PLUS PRÉTENDRE NE PAS SAVOIR. Ces résultats imposent une réaction à la hauteur de l’ampleur du phénomène. L’inceste n’est pas une affaire privée : c’est une question majeure de santé publique, de protection de l’enfance et de droits humains. » Caroline Poiré, avocate, cabinet Defendere, Bruxelles
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Former pour mieux repérer, protéger et accompagner
« En Belgique, ni les pédiatres, ni les psychologues, ni les généralistes, ni les psychiatres, ni les policiers, ni les avocats, ni les juges, ni les enseignants, ni les puéricultrices… ne bénéficient de formations spécifiques concernant l’inceste, l’écoute et le soin aux victimes. C’est incompréhensible car l’inceste constitue un enjeu majeur de santé publique. Ses conséquences psychiques et somatiques impactent durablement les victimes, mais aussi les familles. Il est urgent d'instaurer des formations obligatoires dans les secteurs concernés, à l’attention des professionnels déjà actifs, mais aussi des futurs praticiens. » Ensemble contre l'Inceste et Patouche.
L’inceste ne se repère pas aisément, malgré les signes et les tentatives de révélation de nombreux enfants qui le subissent. La question de la formation est donc primordiale.
L'inceste a cette première spécificité que la victime, alors enfant, est souvent prise dans une profonde confusion : elle aime généralement le proche qui lui fait du mal et qui exploite sexuellement sa vulnérabilité et sa dépendance, elle peut chercher à le protéger, minimiser ce qu’elle vit ou ne pas disposer elle-même de la compréhension, des images et des mots pour faire sens de ce qui lui arrive. Dans ce contexte, il est essentiel qu’elle puisse rencontrer, dans son entourage, au moins un adulte capable de penser et déceler l’inceste, d’accueillir sans sidération ce qui est exprimé ou laissé entendre, et de la protéger et l’accompagner avec prudence, bienveillance et compétence.
L’inceste possède également une autre spécificité : il prospère dans le silence, le non-dit, la confusion des repères et les multiples formes de minimisation. Les auteurs, mais parfois aussi l’entourage familial ou social, peuvent contribuer à banaliser les faits, à les justifier, à les nier ou à les reformuler d’une manière qui les rend moins visibles. Cette dynamique de déni n’affecte pas uniquement les familles ; elle trompe également les institutions et les personnes qui y travaillent quand les repères ne sont pas suffisants pour conscientiser cette réalité.
« C’est pourquoi la formation ne doit pas se limiter au repérage des signes de souffrance ou aux techniques d’audition. Elle doit permettre aux professionnels de comprendre les mécanismes psychologiques, relationnels et systémiques propres à l’inceste, afin de résister aux phénomènes de minimisation, de déni ou de confusion qui accompagnent fréquemment ces situations. » Samira Bourhaba, psychologue, centre Kintsugi, Liège.
Aujourd’hui, trop de professionnels sont confrontés à ces situations sans avoir reçu de formation spécifique sur l’inceste. Sans cette compréhension spécifique, le risque est grand que les victimes restent seules avec une réalité que personne autour d’elles ne parvienne véritablement à penser, à reconnaître et à contrer. En plus de cette solitude imposée, la non-action de l'entourage et des professionnels laisse place à la perpétuation des actes et à la récidive de l'agresseur envers de nouvelles victimes.
« Former les professionnels n’est pas une option. C’est une condition essentielle pour mieux repérer les situations, mieux accompagner les victimes et leur offrir, dès les premiers signes de souffrance, les réponses de protection et de soin dont elles ont besoin. » Samira Bourhaba, psychologue, centre Kintsugi, Liège.
Cette nécessité est largement partagée par la population. Parmi les mesures à mettre en place à la suite d’acte(s) d’inceste, les personnes ayant répondu au sondage se déclarent favorables à 92 % à la facilitation du signalement par les professionnels en cas de suspicion d'inceste et à 89% au développement de formations obligatoires sur le dépistage et la prise en charge de l’inceste au plus tôt.
Protéger les victimes dès la connaissance des faits
Le mutisme et la silenciation des victimes persistent dans notre pays.
Selon les réponses du sondage, 40% des victimes n'ont jamais révélé les faits à leurs proches. Cette proportion monte à 59% chez les victimes âgées de 55 ans et plus. 47% des révélations ont été faites après la période des faits et 22% durant celle-ci. 71% des victimes n’ont jamais reçu de soins psychologiques et 85% n’ont jamais bénéficié de soins médicaux liés aux actes.
Pour 46% des victimes, les révélations ont été mises en doute par l'entourage. 30% ont alors été exclues du noyau familial. 64% des victimes estiment aussi qu’elles n’ont pas été protégées de leurs agresseurs. 69% des agresseurs n’ont jamais reconnu les faits. Seuls 24% des agresseurs ont été exclus ou éloignés du noyau familial.
« Aujourd'hui encore, trop d'enfants continuent à vivre sous le même toit que leur agresseur après avoir parlé. Cette situation est inacceptable. Lorsqu'un enfant révèle des faits d'inceste, la priorité absolue doit être sa protection. Nous ne pouvons pas accepter que la charge du départ, du placement ou de l'éloignement repose sur la victime. C'est à la société de protéger l'enfant, pas à l'enfant de s'adapter à la violence. » Caroline Poiré, avocate, cabinet Defendere, Bruxelles.
87% des personnes interrogées sont favorables à l’éloignement de l’auteur présumé dès la révélation des faits. Enfin, 82% sont favorables à l’idée de permettre au second parent d’obtenir la garde exclusive de l’enfant victime d’inceste dès la révélation des actes.
Qu'en est-il des suites judiciaires de l’inceste en Belgique ? Selon l’enquête, 85% des victimes n’ont jamais porté plainte. Une proportion qui monte à 98% chez les 55 ans et plus. Lorsqu’il y a eu dépôt de plainte, 26% des plaintes ont été classées sans suite et 37% ont mené à une condamnation. On note une proportion plus importante de plaintes classées sans suite en Wallonie (50%) et une proportion plus élevée d’instructions ouvertes à Bruxelles (57%). C’est cependant à Bruxelles que les condamnations sont les moins nombreuses (14%, pour 50% en Flandre et 33% en Wallonie). Notons encore que 88% des victimes d’inceste affirment n’avoir reçu aucun accompagnement judiciaire. Seules 3% des femmes victimes d’inceste ont pu bénéficier de cet accompagnement spécialisé.
Élargir l'infraction de l’inceste
La proportion de Belges qui déclarent avoir été victimes d’inceste passe à 9% (12% des femmes et 6% des hommes) lorsque la définition du phénomène intègre les cousins et cousines comme auteurs d’inceste.
En effet, la loi belge n’intègre dans sa définition légale des auteurs potentiels d’inceste que les parents et grands-parents, frères et sœurs, oncles et tantes ou beaux-parents. Les collectifs commanditaires de l’étude souhaitent dès lors que les cousins et cousines soient également inclus dans cette définition.
Si l'on élargit ainsi la définition de l’inceste, 29% des Belges déclarent connaître une ou plusieurs personnes victimes.
Les résultats indiquent en effet que l’auteur d’inceste le plus fréquemment cité par les victimes est le cousin (24% - 29% pour les victimes femmes). Ensuite, on retrouve l’oncle (23% - 26% chez les victimes femmes), le père (18%) et le frère (13%). Dans leurs actes incestueux, 19% des auteurs ont reçu la complicité d’un proche.
Les mineurs auteurs de violences
Selon les victimes interrogées, 69% ont été incestées par un auteur majeur contre 25% par un auteur mineur.
« Alors que plus de deux tiers des auteurs d’inceste sont des adultes, les résultats montrent également qu’un quart des victimes déclarent avoir été agressées par un mineur. Ces situations sont souvent banalisées, à tort, comme de simples jeux d’enfants. En réalité, leurs conséquences sont aussi graves que lorsqu’un adulte en est l’auteur. Par ailleurs, ces jeunes agresseurs sont très fréquemment eux-mêmes exposés à des violences ou à des contextes familiaux incestueux, ce qui peut les amener à reproduire des comportements appris ou subis. » Collectif Patouche.
PLUS D'UN MILLION DE VICTIMES
Nous sommes face à une URGENCE NATIONALE.
Derrière ce chiffre : des enfances saccagées, des adultes qui vivent avec les conséquences terribles des violences subies et une société responsable qui a trop longtemps détourné le regard.
La société doit cesser de protéger les agresseurs...et s'engager à protéger les victimes.
Pour que l'omerta cesse, agissons maintenant : écouter, croire, protéger, former et exiger des changements sociétaux !




